Les rebelles Tigréens

Par Paul Dequidt   |   16 novembre 2020

Octobre 1991, sur la route entre Lalibela et Addis Abeba

Après avoir visité les onze églises rupestres de la ville sainte, je retourne vers la capitale…

De retour de Lalibela

De retour de Lalibela

A mi-chemin, je dépasse une troupe de rebelles tigréens. Ebahi par mon audace, l’officier me rattrape avec une camionnette armée d’une mitrailleuse. Il m’explique que les habitants du prochain village (ce sont des Amhara) ont demandé aux rebelles de l’aide pour récolter le téf, la céréale préférée des Ethiopiens.
Les Tigréens ont proposé à leurs alliés Oromo d’aider les paysans à récolter leurs céréales. Mais, très vite, ils volent les récoltes des paysans qui se défendent. Durant trois heures, j’entends des coups de feu. J’aperçois même, dans la vallée, des hommes tirer sur un fuyard ; de la fumée s’échappe des vieux fusils, puis l’homme s’écroule !

Quand cessent les combats, il m’est possible de traverser le village à toute vitesse. Des cadavres des Oromo traînent dans les rues. Les familles des Amhara recouvrent leurs morts de vêtements de deuil blancs.
Le spectacle le plus éprouvant est ce cimetière de mules assassinées, les jambes en l’air, des cadavres de rebelles Oromo gisant entre elles : les voleurs s’étaient abrités parmi les mules.

Le cimetière de mules assassinées

Le cimetière de mules assassinées

Les villageois ont préféré tuer leurs propres mules (pourtant Dieu sait que leurs mules sont leur seule richesse, leur seul moyen de cultiver la terre et de transporter leurs récoltes !).
Mais, pour se défendre des voleurs, les paysans ont choisi de massacrer leurs propres bêtes de somme.
Nous arrivons à la ville de Dessie à 400 km d’Addis Abeba. La ville est totalement occupée par les rebelles. A la nuit tombée, je suis suffisamment inconscient pour m’aventurer en ville. Mon attention est attirée par une jeune combattante tigréenne : elle doit avoir 13 ans, seulement. Sur elle, une cartouchière en croix comme en portaient les révolutionnaires mexicains des films d’aventures de mon enfance.

Jeune combattante tigréenne

Jeune combattante tigréenne

Je veux photographier l’adolescente. Elle prend mon Nikon et son objectif de 180mm pour une arme et aussitôt me met en joue avec sa mitraillette artisanale en hurlant. Je baisse ma caméra : c’est vraiment une mauvaise idée de prendre une photo dans ces conditions !

Le lendemain soir, je parviens à l’orphelinat à Addis Abeba avec 24 heures de retard. Mania a appelé en vain toute la nuit et toute la journée. Elle a perdu 3 kilos…
Je lui promets de ne plus jamais la quitter 💖, même pour le meilleur café du monde !

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