Guatemala : le « pueblo » désert

Par Paul Dequidt   |   05 novembre 2018

extrait de mon livre « Les Aventuriers du café perdu »​​

Dix kilomètres plus loin, nous entrons dans un pueblo (village) indien désert ! Cela nous intrigue, nous sommes le Mardi Saint. Durant tous les jours de la semaine Sainte, les villages sont envahis par les fidèles Indiens en prières.​

Les fidèles durant la Semaine Sainte

Ah oui, un homme est assis sur une chaise au centre du village, un fusil à la main. Nous nous approchons : en réalité, c’est un pantin de chiffons de taille humaine.
Aussitôt, les portes et les fenêtres des maisons s’ouvrent et des dizaines de fusils sont pointés dans notre direction.

Lourd silence…

Au centre du village, un pantin

 

Le village désert

Des guérilleros indiens se précipitent vers nous. Je leur tends nos passeports, mais ils ne savent pas lire : ils tiennent les passeports à l’envers !
Je me protège par mes « francese ». Il ne faut surtout pas qu’ils nous prennent pour des « gringos », ces soldats américains aux uniformes vert-olive. Quand ils envahissent Cuba, la population les rejettent en leur proférant des « greens, go home, gringos, les uniformes verts, retournez chez vous. ”
Un étudiant, aux lunettes rondes, semble être leur chef. Il détaille nos passeports à l’endroit ! Même question : « Qu’est-ce que vous faites ici ? » Même réponse : « Nous allons à la capitale. Nous nous sommes trompés de route ! »
En réalité, les guérilleros tendaient une embuscade aux soldats retardés par l’autobus. Nous sommes arrivés les premiers ! En définitive, ils nous laissent partir vers la capitale.
Le soir, nous avons rendez-vous avec un ami français, chercheur de gisements de pétrole pour ELF. Quand nous lui racontons nos déboires, il devient tout pâle : les derniers étrangers à s’être aventurés dans ces montagnes ont dû s’allonger en dessous de leur voiture pour se protéger des balles qui sifflaient au dessus de leurs têtes.
La lecture des journaux du lendemain ne nous rassure pas davantage : l’aviation de la dictature a bombardé des villages au napalm, mais ceci, nous ne l’avons pas vu.
La dictature militaire est contrainte d’organiser des élections et de remettre le pouvoir à des civils. Auparavant, elle veut nettoyer la révolte indienne.
Quelques mois plus tard, des élections auront bien lieu, mais le seul député indien élu sera assassiné, la nuit même.

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